Le sucré: ami ou ennemi des petits?

juin 8, 2011 § Poster un commentaire

Je voulais parler un peu du sucré car c’est un sujet qui revient souvent quand on aborde l’alimentation des enfants; je précise sucré pour distinguer du terme plus générique de « sucres » qui inclut les sucres lents (type pâtes, riz, etc.), aliments indispensables à la croissance et la santé.

Une amie m’a dit l’autre jour qu’elle n’avait pas donné à ses enfants de produits sucrés jusqu’à leurs 18 mois afin de ne pas les habituer au goût, car selon elle les petits n’ont pas besoin de sucré. Je pense qu’elle a à la fois raison et tort:

– Raison car effectivement les tout petits n’ont pas besoin de sucré pour bien se développer. D’ailleurs même adultes nous n’avons pas un besoin vital de sucré – le sucre après tout n’est pas devenu populaire avant le 17ème siècle, et le corps humain peut tout à fait fonctionner sans sucré.

– Tort car je ne crois pas que quel que soit le laps de temps qu’on impose avant de proposer un goût sucré, on peut retarder le fait qu’on aime ce goût. C’est humain, la grande majorité d’entre nous aime ce qui est sucré; la notion de plaisir qui y est associée est très forte. Après tout la génération de nos grands-parents n’a pas connu comme nous le sucre en abondance et pourtant ça ne veut pas dire que nos papys et mamies n’aiment pas les douceurs. Et n’oublions pas que le lait maternel a un goût un peu sucré…

Nombre d’articles sont publiés sur les méfaits du sucre, les produits alimentaires sont de plus en plus sucrés et contribuent directement aux problèmes d’obésité infantile. Beaucoup de pédiatres recommendent aujourd’hui aux parents de surveiller la consommation de sucre chez les enfant et je pense qu’ils ont parfaitement raison. Bien sûr à cela s’opposent les goliaths de l’agro-alimentaire qui incitent (avec beaucoup de succès) nos enfants à consommer du sucre sous tout un tas de formes alléchantes. Je crois que dans cette bataille, on se doit avant tout de faire preuve de bon sens avec nos petits bouts:

  • ne pas sucrer inutilement: on n’a pas besoin de sucrer le lait, l’eau, le yaourt nature, la compote de fruits etc. Ce sont des aliments suffisamment doux (parfois naturellement sucrés pour les fruits) pour que les tout petits les apprécient comme tels, et il est important que les enfants aient une notion des différents goûts afin de les aider à adopter une alimentation variée; qu’ils puissent à la fois apprécier ce qui est sucré, et ce qui ne l’est pas.
  • ne pas diaboliser le sucre: je ne crois pas qu’il y ait un intérêt à dire que le sucre doit être banni de l’alimentation, et le sucré participe à la construction d’une alimentation variée. Il s’agit de proposer aux enfants des aliments sucrés en modération, parmi les autres aliments qui composent leur alimentation: par exemple un jour au menu c’est un yaourt nature, le lendemain une compote, le surlendemain un petit suisse aux fruits, le jour suivant un fruit frais, etc.
  • ne pas faire du sucre une monnaie d’échange: il est dangereux à mon sens de marchander la nourriture (ou la bonne conduite) grâce au sucre, du type « si tu manges tes haricots, tu auras une crême caramel, sinon un yaourt nature » ou alors « si tu es sage, je t’achète une crêpe au chocolat ». Imaginez pour un petit ce que ça peut vouloir dire (le sucré c’est quand je suis gentil, donc sucré = bien, pas sucré = mal). Il vaut mieux dire « tu ne veux plus de haricots, bon aujourd’hui en dessert il y a un yaourt nature (ou une crême au chocolat) » ou « tu as envie d’une crêpe au chocolat? ». Le sucre ne devrait pas être une récompense (tout comme en priver ne devrait pas être une punition).
  • ne pas utiliser le sucre en remplacement: lorsque l’enfant a faim en dehors des repas, ne pas donner systématiquement de choses sucrées parce que c’est ce qu’il aime, ou parce que c’est pratique. Un verre de lait, une tartine de pain avec un peu de beurre, un morceau de fromage, etc. sont de meilleurs choix nutritifs et contribuent à éduquer l’enfant sur ce qu’il mange. Bien sûr de temps à autre un biscuit au chocolat ou une glace ont tout autant leur place: le danger du sucre est qu’il devienne une habitude systématique. Et si l’enfant a soif, l’eau fait parfaitement l’affaire, surtout pendant les repas, ce qui n’empêche pas de donner de temps à autre un jus de fruit.
  • bannir les édulcorants: ils n’ont rien à faire dans l’alimentation de nos enfants; ils n’ont aucun intérêt nutritif et habituent à manger du sucré en grandes quantités, donc à proscrire.
En conclusion, je crois que le sucré doit faire partie de l’alimentation des petits, en modération, tout comme le reste des aliments que nous leur proposons. Si il prend une trop grande place il devient ennemi, mais on peut en faire un ami pour la vie en lui donnant sa juste place.

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